Le symbolisme du lièvre et du lapin

Publié le par Dictionnaire des Symboles

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Lièvre et lapin sont des animaux lunaires. Que ce soit aux Amériques, en Europe, en Asie, en Afrique, partout dans le monde, ils sont associés à la lune. On les voit dans les taches sombres que présente l’astre de la nuit. En témoigne la comptine de notre enfance :

 

J’ai vu dans la lune

Trois petits lapins

Qui mangeaient des prunes

En buvant du vin.

 

Néanmoins, ce lapin de la lune est aussi relié à la Déesse Terre et au monde souterrain car creuseur de galeries, il vit dans des terriers. Dans nos cimetières ruraux où il élit fréquemment domicile, il n’est pas rare de le voir surgir d’une vieille tombe. Sa faculté de procréation en fait un symbole de fécondité associé à la lune et à sa puissance fécondante qui régit la végétation, les eaux et le cycle menstruel des femmes [1].

Son nom latin, cuniculus, est peut-être d’origine ibérique. L’Espagne, 1000 ans avant notre ère, pullulait de lapins. Les Phéniciens l’appelaient I-Saphan-Im, littéralement le pays des damans, petits mammifères qui ressemblent aux lapins et qu’ils ont cru reconnaitre. I-Saphan-Im devint avec les Romains Hispania [2]. Varron (116-27 av. J.-C.) donne cette étymologie :

« Les lapins, cuniculi, ont pris leur nom au fait qu’ils ont coutume de creuser eux-mêmes des souterrains, cuniculos, pour se cacher dans les champs. » [3]

Pour Isidore de Séville (VIIe s.), cuniculus serait une déformation de caniculus, le petit chien. Il faut effectivement des chiens de petite taille pour débusquer les lapins dans leurs terriers.

Lepus, le lièvre, aurait pour origine le mot grec leporis.

Naturellement craintif, le lièvre est associé à la peur. L’expression détaler comme un lièvre (ou un lapin) évoque cette peur, mais être fou comme un lapin fait allusion à la lubricité de l’animal. La patte de lapin est connue pour être un puissant porte-bonheur.

 

Mythologies et religions

Constellation Orion et Lièvre

Le lièvre semble avoir été l’animal préféré d’Aphrodite (Vénus). On pouvait, selon une ancienne croyance, acquérir sa beauté et sa grâce si l’on mangeait du lièvre sept jours de suite [4]. Il était un symbole de la Grande Déesse chez les Celtes et les Scandinaves [5]. Artémis (Diane) raffolait du sang des lièvres qu’elle chassait [6]. Elle était la compagne du chasseur Orion dont l’image, à sa mort, fut placée dans les étoiles. La constellation du Lièvre se trouve à ses pieds. C’est Hermès qui l’y aurait mise.

Orion et le Lièvre (image cliquable)

En Egypte, Osiris est, sous sa forme animale, représenté par un lièvre. Tué par son frère Seth, il est démembré en quatorze morceaux — 14, la moitié d’un mois lunaire — Isis, son épouse déesse de la lune, le remembre en vingt-sept jours. Le vingt-huitième jour, elle confectionne le phallus qui remplace le pénis perdu (7). Osiris a retrouvé son intégrité. Il est  un dieu complet et peut à nouveau procréer. La plénitude du mois lunaire aboutit à Isis en personne. Enceinte du dieu-lièvre, elle mettra au monde Horus.

En Islam, Ali, le descendant du Prophète, se présente sous l’apparence d’un lièvre symbolisant le fils sacrifié [8]. L’idée du sacrifice divin symbolisée par la mort du lièvre est également présente dans le bouddhisme. Le boddhisattva prend l’apparence d’un lièvre pour se jeter dans les flammes. De même, un lièvre s’immole par le feu pour nourrir Bouddha affamé [9].

 

Le Lapin de Pâques

Nous l’avons vu avec le mythe d’Osiris, le lièvre est lié au sacrifice, à la mort et à la résurrection, de même que son cousin le lapin, habitant de nos cimetières et manifestation de la lune qui féconde la Déesse-Terre dans laquelle nous retournons lorsque nous nous éteignons. En Europe, à la fête de Pâques, les enfants cherchent dans les jardins des œufs et des lapins en chocolats. Cette tradition est une résurgence du culte de la déesse de la Nature dont les symboles ont été absorbés par le christianisme. Östara en pays germaniques, Easter chez les Anglo-Saxons, est une déesse de fécondité qui se fête à l’équinoxe de printemps, moment où le jour et la nuit sont d’égale longueur, et qui annonce la germination — en d’autres termes, la résurrection —. Son animal symbolique est le lièvre. Östara et Easter sont à rapprocher d’Astarté / Ishtar / Aphrodite / Vénus.

En temps qu’image liée à la Déesse, le lièvre a longtemps symbolisé le paganisme dans la chrétienté. Sa capture par un chasseur était autrefois une métaphore du paganisme vaincu. Mais parce qu’il est lunaire et donc de nature changeante et ambivalente, il représente aussi le Fils divin sacrifié [10] et ressuscité, le Christ. En outre, dans l’iconographie chrétienne, trois lièvres dans un cercle et unis par les oreilles est un symbole de la trinité [11]. Ils peuvent rappeler aussi les trois phases de la lune (montante, pleine, descendante). Un lièvre blanc couché aux pieds de Marie (Notre-Dame) incarne la victoire sur la « tentation de la chair » [12].

 

Le Christ au lièvre

Christ au Lièvre

Dans la petite église paroissiale de Rennes-les-Bains (Aude), on peut méditer sur un tableau, une piéta, que le folklore local désigne sous le nom de Christ au lièvre. La peinture présente subjectivement, dans les jeux d’ombres des muscles et des tendons, l’image d’un lièvre tapi sur la cuisse gauche du Christ mort. Cependant, certains chercheurs voient une tête de lièvre sur le genou droit du Christ et ignorent le lièvre couché de la cuisse gauche. Y aurait-il deux lièvres ? La scène de la piéta se déroule dans une grotte. Le lièvre, nous l’avons vu, est un symbole du Christ. Ils sont tous deux tapis sous terre, au tombeau.

Lever (ou soulever) un lièvre, est une expression qui a pour origine la chasse mais qui signifie détecter une anomalie avant les autres ou découvrir quelque chose d'important. Au premier degré, elle fait allusion au chasseur qui débusque l’animal de son terrier. Le lièvre, jusque là tapi dans son gîte, immobile, ses longues oreilles couchées sur son dos (il fait le mort), surgit tout à coup et se met à courir. Ne serait-ce pas le message que nous souffle l’auteur de la piéta ? « Lever » le lièvre ? « Soulever » le mort ?

En grec ancien, le verbe ressusciter n’existe pas. Il est remplacé dans la Septante (Ancien Testament en langue grecque) et dans le Nouveau Testament (entièrement écrit dans cette langue) par l’expression « se relever des morts ». Lever ou soulever un lièvre serait donc une métaphore de la résurrection.

L’abbé Henri Boudet qui fut prêtre de la paroisse de Rennes-les-Bains pendant de nombreuses années publia en 1886 un curieux ouvrage intitulé La Vraie Langue celtique et le Cromlech de Rennes-les-Bains. Ce livre est la clé de l’énigme et de Rennes-les-Bains, et de Rennes-le-Château. A la dernière page de son avant-propos, Boudet écrit :

 « C’est ainsi que le Cromleck de Rennes-les-Bains se trouve intimement lié à la résurrection, ou, si l’on veut, au réveil inattendu de la langue celtique. » [13]

 On retrouve la même idée dans un livre attribué aussi (faussement ?) à l’abbé Boudet, et au titre révélateur : « Lazare, Veni Foras ! » paroles qu’aurait prononcées Jésus lors de la résurrection de Lazare.

 

Alchimie

Dans les mythes amérindiens, le lièvre est un héros culturel, rusé, malin, capable de vaincre plus fort que lui (ours, buffles) tenant à la fois de Robin des bois, de Peter Pan et du Trickster (farceur), ce Fripon divin dont l’universalité a été démontré par C. G. Jung, se rapproche symboliquement de Mercure, dieu des voleurs et des tricheurs, des chenapans espiègles, lui-même symbole du premier stade du Mercure des alchimistes. Tout comme l’enfant-Mercure qui deviendra Hermès, le messager des dieux, le lièvre lunaire amérindien peut se transcender en « grand lapin » ou en « grand lièvre », également intercesseur entre les hommes et le principe divin (le Grand Manitou) [14].

 

Folklore de France

Paul Sébillot rapporte qu’on utilisait couramment la cervelle de lièvre comme remède en France. On en frottait les gencives des bébés qui « faisaient leurs dents » afin que celles-ci percent sans douleur. Au XVIe siècle, on la faisait bouillir au préalable [15]. La cervelle de lièvre avait d’autres vertus : mangée, elle était censée guérir de la crainte et des tremblements,  ainsi que des frayeurs nocturnes des nourrissons. Dans les Vosges, on soulageait l’incontinence urinaire en délayant une cervelle de lièvre crue dans un verre de vin bu à jeun [16].

 

Extrême Orient

Le lièvre est le quatrième signe du zodiaque chinois. Dans la mythologie, la lune est habitée par un lièvre de Jade très occupé à préparer un élixir d’Immortalité. Il est un symbole de longue vie. Il représente le renouvellement cyclique et perpétuel de la vie et de la nature. Les Chinois prêtent à l’animal des qualités de lucidité et de clairvoyance. Le lièvre naît, en effet, avec les yeux ouvert [17].

 

Rêves

Dans les rêves, lapin et lièvre sont distingués. Le lapin, associé à la luxure à cause de sa sexualité débridé et de sa prolifération, peut signifier un débordement de la libido mais aussi une prolifération quelconque n’ayant aucun lien apparent avec la sexualité. Le lièvre, quant à lui, est associé à la vitesse, la course, la rapidité. Il peut symboliser le dynamisme, l’agilité, les réflexes et l’intelligence instinctive du rêveur [18].

 

 

Notes et références

____________________

[1] Nadia Julien, Dictionnaire des symboles, Marabout (Belgique), 1989.

[2] Jean-Claude Belfiore, Croyances et symboles de l’Antiquité, Larousse, Paris, 2010, p. 609.

[3] Varron, Economie rurale III, 12, 6.

[4] Jean-Claude Belfiore, Croyances et symboles de l’Antiquité, Larousse, Paris, 2010, p. 609.

[5] Jean-Paul Rouecker, Le symbolisme animal, Dangles, 1994

p. 279.

[6] Jean-Claude Belfiore, op. cit. p. 609.

[7] Michel Cazenave, Encyclopédie des symboles, Librairie Générale Française, 1996.

[8] Ibidem.

[9] Ibid.

[10] Ibid.

[11] Ibid.

[12] Ibid.

[13] Henri Boudet, La Vraie Langue celtique et le Cromleck de Rennes-les-Bains, Carcassonne, 1886.

[14] Cazenave, op. cit.

[15] Paul Sébillot, Le folklore de France : La Faune, Imago, Paris, 1984, p. 64.

[16] Ibid. p. 65.

[17] Didier Colin, Le dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes, Marabout,

2000.

[18] Ibid.

 

 

Publié dans Animaux

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clovis simard 06/03/2011 17:17



Bonjour,


Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.
      
Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.


La Page No-9; VIRTUEL !    
 
THÉORÈME PUISSANCES VIRTUELLES.


JÉSUS ET LA SAMARITAINE ?



Cordialement


Clovis Simard



nessa:0071: 10/11/2010 20:00



tres interessant :-)



Dictionnaire des Symboles 10/11/2010 20:16



Merci