grenade

 

Le grenadier est originaire de l’Iran et du Nord-Est de la Turquie. Cultivé très tôt, avec l’olive et la datte, il apparaît à l’Âge du Bronze dans tout le pourtour méditerranéen [1]. Les Romains croyaient qu’il était originaire d’Afrique du nord et l’appelaient la « pomme punique » (malum punicum). En réalité, le grenadier fut importé par les Phéniciens lors de la fondation de Carthage (814 av. J.-C.). La grenade fut un symbole de Tanit, la déesse tutélaire de Carthage. Ce fruit généreux, de couleur rouge et aux grains nombreux, eux-mêmes couleur de rubis, est lié au sang, à la vie, et à la fécondité.

 

Orient

Dans les mythes anatoliens de la conception d’Attis, sa mère Nana (ou Cybèle) fut fécondée par une grenade qu’elle avait posée sur son ventre. Une autre légende raconte la naissance du grenadier à partir du cadavre d’une jeune fille vierge qui s’était suicidée pour mettre un terme au désir incestueux de son père. Châtié par les dieux, le père fut changé en épervier, et la jeune fille ressuscita en grenadier. On dit que c’est la raison pour laquelle les éperviers ne se posent jamais sur cet arbre.

La grenade était aussi un fruit sacré pour les Assyriens. La déesse de l’Amour, Ishtar, est parfois représentée avec une grenade à la main. Le fruit était censé attirer le regard des hommes sur les jeunes filles qui en consommaient le jus en invoquant la déesse. La grenade symbolise la Force sexuelle, mais aussi la résurrection. Toujours en Assyrie, le jeune dieu araméen Rimmon (Ramman) mourrait annuellement pour ressusciter. Son nom a donné le mot grenade dans toutes les langues sémitiques [2]. En Egypte, les hauts dignitaires se faisaient enterrer avec des grenades.

Dans le zoroastrisme, la grenade, plus  que tout autre fruit, protège de l’impureté. Ingérée avec ses feuilles, elle purifie à la fois le corps et l’âme. Parce que le grenadier reste vert toute l’année, il est symbole d’immortalité et emblème de « la création végétale » [3].

En Perse, la grenade possède des pouvoirs quasi magiques. Aux VIIe-IVe siècles avant notre ère, les Mèdes et les Perses défilaient devant leur roi avec dans les mains, des bourgeons, des fleurs et des fruits de grenadier. La grenade était censée rendre les soldats invincibles sur les champs de bataille.

 

Mythologie grecque

Le culte d’Adonis était lié, en Grèce à celui du dieu araméen Rimmon et, par syncrétisme, lui avait emprunté ses rituels et ses attributs, notamment la grenade également attribuée à Héra et à Aphrodite [4] (Vénus). A Eleusis, les hiérophantes étaient couronnés de branches de grenadier pendant les Grands Mystères [5], mais le fruit sacré était rigoureusement interdit aux initiés car, de par la « faute » de Perséphone, la grenade symbolisait la descente de l’âme dans la matière-prison [6]. Sa double nature, symbole de vie et symbole de mort ou plus exactement du monde souterrain, découle du mythe de Perséphone, fille de Déméter (Cérès), déesse de l’agriculture, et de Zeus. Celle-ci fut enlevée par Hadès, dieu des Enfers. Accablée de chagrin, sa mère cessa de faire fructifier la terre. Zeus envoya alors aux Enfers son messager Hermès avec la charge de ramener Perséphone à la lumière du jour. Hadès offrit à la jeune déesse sept grains de grenade. Or, pour revenir du séjour des morts, il est impératif d’observer une règle, celle de n’y consommer aucune nourriture ou boisson. Perséphone mangea une graine et fut condamnée à passer un tiers de l’année avec Hadès aux Enfers. Elle rejoignait sa mère pendant les deux autres tiers. Cependant, il est possible que son séjour annuel auprès d’Hadès n’ait pas été une sanction pour avoir transgressé une loi ou un tabou alimentaire car il semble en effet que Perséphone ait été consentante (il ne s’agissait pas d’une ruse d’Hadès) et qu’elle ait mangé la graine de grenade pour pouvoir demeurer avec son époux et se libérer ainsi de l’attachement fusionnel de sa mère Déméter. Dans l’antiquité et dans certaines sociétés primitives, le fait qu’une femme mange ou boive dans la maison d’un homme vaut contrat de mariage [7].

Les auteurs Jean Chevalier et Alain Gueerbrant font remarquer que ce grain « rouge et brûlant » venu d’un « fruit infernal » était une parcelle du feu chtonien que Perséphone volait au profit des humains chaque fois qu’elle retrouvait Hadès pour ensuite le quitter et rejoindre Déméter à la surface de la terre [8]. Elle apportait aux humains la Connaissance du Feu Intérieur, c'est-à-dire l’alchimie, en même temps que le renouveau printanier.

 

Judaïsme

La grenade est, avec la datte et l’olivier, le fruit le plus cité dans la Bible. Les prêtres hébreux portaient sur leur robe, l’éphod, une bande décorée de grenades d’azur, de pourpre et d’écarlate, tout autour du vêtement (Exode 28, 31-34). Au Temple de Jérusalem, on ne comptait pas moins de 400 grenades sur les chapiteaux des deux colonnes d’airain (I Roi, 7, 42). Les rabbins attribuèrent à la grenade le nombre de 613 graines qui est très exactement le nombre des injonctions que Dieu transmit à Moïse dans le Pentateuque et qui constituent les termes de l’Alliance entre Lui et son peuple.

 

Christianisme

Madone à la grenade (détail) La symbolique chrétienne interprète les grains serrés et unis dans le sang  sous une même écorce comme le Corps du Christ, c'est-à-dire l’Eglise, l’union des fidèles soudés par une même foi. A partir de la Renaissance, dans le domaine artistique, la grenade est associée à la Vierge et à l’enfant Jésus. On compte ainsi de nombreuses Vierges dites « à la grenade ».

La grenade éclatée  avec ses grains répandus est l’allégorie de la charité et des dons de l’amour généreux (Caritas) [9].

Madone à la grenade (détail) par Botticelli, 1478, fresque, Florence (Italie).

 

Islam

Le Maghreb a conservé de « nombreux rites préislamiques se rattachant à la grenade qui symbolise abondance, prospérité et fécondité » [10]. Chez les Berbères, le fruit est présent au moment des labours et dans toutes les étapes importantes de la vie d’une femme (mariage, naissance). Pour le Prophète, la grenade est le fruit de l’arbre du Paradis. Pour les Chiites, le jus de grenade symbolise les larmes de Fatima, la fille du Prophète, qu’elle versa à la mort de son fils Hussein, et les grains du fruit sont les larmes du Prophète lui-même [11]. D’un point de vue soufi, la grenade symbolise le « jardin de l’Essence ». Elle est une métaphore de l’intégration de la multiplicité dans l’unité.

 

Bouddhisme

La grenade est, avec la pêche et le citron, un des trois fruits bénis du Bouddhisme. Elle fut perçue par Bouddha comme le don le plus précieux lorsqu’une vieille femme très pauvre lui offrit. Offert par Bouddha à  Hariti, mangeuse de tendre chair fraîche, la grenade devint un substitut efficace car la démone ne dévora plus jamais d’enfant.



Notes et références
____________________________

[1] La principale source de cet article est : Monique Zetlaoui, Divine grenade, Religions et Histoire n° 26, mai-juin 2009, pp. 58-65.

[2] Monique Zetlaoui, op. cit. p. 60.

[3] Ibid. p. 59.

[4] Jean Chevalier, Alain Gueerbrant, Dictionnaire des symboles, Laffont / Jupiter, Paris, 1982.

[5] Ibid.

[6] Ibid.

[7] Monique Zetlaoui, op. cit. p. 61.

[8] Chevalier, Gueerbrant, Dictionnaire des symboles, op. cit.

[9] Hans Biedermann, Michel Cazenave, Encyclopédie des symboles, Librairie Générale Française, Paris, 1996.

[10] Monique Zetlaoui, op.cit. p. 62.

[11] Malek Chebel, Dictionnaire des symboles musulmans, Albin Michel, Paris, 1995.

 

 

Publié dans : Végétaux - Communauté : Mythes et Symboles
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