Le symbolisme du caducée

Publié le par Miss Dico

Le grand Robert de la langue française [1] donne deux définitions du caducée :

1 – Attribut de Mercure [Hermès], constitué par une baguette entourée de deux serpents entrelacés et surmontée de deux courtes ailes. Le caducée est le symbole de la paix, de l’éloquence, du commerce.

2 – Emblème des professions médicales et paramédicales (un seul serpent).

Caducée dhermes1

Nous ajouterons qu’il est aussi l’emblème d’Iris, et d’Esculape. Il est nommé « bâton d’Arcadie » car c’est en Arcadie qu’Hermès sépara les deux serpents qui se combattaient (v. plus bas). Emblème de l’éloquence, il est indispensable pour maintenir la concorde. Les serpents symbolisent la ruse, la prudence, la diplomatie. Les petites ailes sont là pour signifier l’élégance et la subtilité de la diction de l’orateur [2].

Le symbolisme du caducée est parfois ambigu comme beaucoup de symboles et d’archétypes. Si l’on est touché par sa partie la plus épaisse, l’on meurt. Au contraire, un mort revient à la vie s’il est touché par l’extrémité la plus fine [3]. C’est un bâton de vie et de mort. D’un point de vue psychanalytique, le caducée est un emblème du phallus auquel s’enroulent les deux serpents, mâle et femelle, du désir.

 

Esculape / Asclépios

La ligne qui ondule est un symbole de la Déesse primordiale, qu’elle soit sous la forme de la déesse-oiseau préhistorique, de Déméter, de Ghé ou encore de Gaïa. Elle signifie énergie vitale, matrice humide, liquide amniotique, terre féconde et régénératrice. Le serpent possédait la même signification ; c’était « une créature des plus bienveillantes » [4] mais l’hégémonie des religions monothéistes et patriarcales en a fait un animal néfaste. L’ignorance et les névroses ont amplifié ce caractère négatif.

 

Origines

On rencontre le serpent, dans la Genèse hébraïque, sur l’arbre de la Connaissance. L’arbre est l’axe du monde. Ses racines plongent dans la terre féconde qui le nourrie, son feuillage atteint le ciel. A ses deux extrémités, s’opposent le pôle céleste et le pôle souterrain. De part et d’autre du tronc de l’arbre, Adam et Eve représentent les deux principes opposés mais complémentaires, mâle et femelle (ils ne sont pas encore homme et femme car il leur manque la conscience). Le serpent va les rendre humains en leurs faisant goûter au fruit de la connaissance. Leur conscience va s’ouvrir mais elle va entraîner leur chute douloureuse dans la matière. Le conscient (le jour, le ciel) engendre automatiquement son opposé, l’inconscient (la nuit, le monde souterrain).

La chute d’Adam et Eve du paradis à la terre matérielle entraîne le serpent avec eux. De la station verticale, sur l’arbre, il rampera sur le sol, à l’horizontal (symbolisme de la croix).

Le serpent suit, de l’arbre au sol, le lien entre le ciel et la terre, entre le Père et la Mère, entre l’Esprit et la Matière. Mais l’Esprit, personnifié  par le serpent, n’est pas encore fixé à la matière ; il rampe à la surface de la terre, dans l’Entre-deux, c’est-à-dire dans le monde de l’Incarnation. Il faudra attendre le christianisme et le texte de l’apocalypse pour que la Vierge écrase sa tête [5] et le rende immobile, fixe, mort. Or la mort est un mariage avec la terre [6].

Dans la suite de la bible, nous rencontrons deux épisodes qui nous rapprochent très près du caducée. Le premier se trouve dans l’Exode, le second dans les Nombres :

(Exode IV, 2-5) Yahvé, alors, lui demanda [à Moïse] : « Qu’as-tu en main ? » — « Un bâton », dit Moïse. — « Jette-le à terre », lui ordonna Yahvé. Moïse jeta donc à terre le bâton qui devint un serpent devant lequel il eut un recul. Sur ce, Yahvé lui dit : « Avance la main et prends-le par la queue ! » Il avança la main, le saisit et, dans sa main, le serpent redevint un bâton.

Le bâton de Moïse n’est rien d’autre qu’un caducée et ce serpent est la manifestation de Yahvé lui-même, comme Zeus se manifesta à Hermès sous la forme d’un serpent pour séduire Rhéa transformée en vipère. N’oublions pas que Dieu, selon la genèse, fit l’homme à son image, c’est-à-dire mâle et femelle. Etant mal et femelle, il se suffit à lui-même, raison pour laquelle il n’y a qu’un seul serpent.

 

Dans les (Nombres XXI, 8-9), Yahvé dit à Moïse : « Façonne-toi un Brûlant que tu placeras sur un étendard. Quiconque aura été mordu et le regardera, restera en vie ». Moïse façonna un serpent d’airain qu’il plaça sur un étendard et si un homme était mordu par quelque serpent, il regardait le serpent d’airain et restait en vie.

Ce serpent d’airain enroulé sur un étendard, c’est-à-dire un bâton, et qui guérit les morsures de serpent, ressemble fortement au caducée d’Esculape, dieu de la médecine.

 

 J. Boulnois nous dit du bâton : « Le caducée est associé à l’arbre sacré…Le caducée mésopotamien montre une baguette centrale. Elle semble bien être le souvenir de l’arbre… On est donc en droit de regarder la baguette du caducée d’Hermès (et celui, d’ailleurs, le bâton du caducée d’Esculape) comme le symbole de l’arbre, associé, demeure, ou substitut de la divinité. Que cette baguette ait pris par la suite une autre signification, la puissance de la divination ou le pouvoir guérisseur, il n’en reste pas moins qu’elle symbolise l’efficience de la divinité de l’arbre. » [7]

 

En Inde, plus ancien qu’en Grèce, le caducée est le bâton du chantre ou du poète. On l’a retrouvé sur des tablettes datant de la première moitié du IIIe millénaire avant notre ère [8].

Dans le yoga de la Kundalini, le caducée est développé en tant que symbole de l’énergie vitale. Trois des nadi (rivières) qui irriguent le corps subtil, retiennent l’attention : l’une se dresse de la base du tronc à la tête (le long de la colonne vertébrale), les deux autres s’entrelacent autour d’elle à la façon des deux serpents du caducée [9].

 

Hermès / Mercure

Le mot latin caduceus provient du grec kêrukeion  qui est l’« insigne de héraut » ou « bâton du héraut ».

Caducée d'hermes3Un héraut est un officier chargé de porter des messages, un annonciateur. Pour le récompenser de lui avoir offert sa lyre et de lui avoir fabriqué sa syrinx (flute de Pan), Apollon (personnification du soleil) donna à Hermès le caducée, une baguette en or (métal solaire) afin qu’il soit le messager des dieux [10], de l’Olympe aux Enfers, en passant par le monde des humains. Dans certaines versions du mythe, Hermès reçoit un bâton d’olivier, arbre sacré, et parfois, c’est un bâton blanc.  Son mythe montre qu’il est un coursier du soleil. Un de ses attributs est le coq. Or le coq est également le héraut du soleil.

 

Alors qu’il parcourait les pentes du mont Cithéron, le jeune dieu Hermès (Mercure) vit deux serpents se combattre. Aussitôt, il jeta entre eux le bâton qu’il avait reçu d’Apollon, pour les séparer. Les serpents s’enroulèrent tous deux autour du bâton et, cessant de combattre, ils s’immobilisèrent face à face [11].

On raconte aussi que Rhéa prit la forme d’une couleuvre (ici dans le sens de serpent femelle) pour échapper aux ardeurs amoureuse de Zeus. Mais celui-ci se changea en serpent. Hermès les réconcilia en plaçant le bâton entre les deux [12].

Les opposés complémentaires (mâle-femelle, ciel-terre, etc.) s’unissent alors que les semblables (jumeaux) se combattent. Les deux serpents d’Hermès sont, à l’origine, des jumeaux symboliques. Le seul moyen de faire cesser le conflit est de les séparer. Dans le mythe des Dioscures Castor et Pollux, l’un est mortel, l’autre immortel : l’un d’eux périra, mais Zeus les fera vivre à tour de rôle dans l’Olympe et aux Enfers. Dans la mythologie biblique, le conflit entre Abel et Caïn va aussi jusqu’à la mort de l’un des frères. Dans les deux cas, la mort de l’un constitue une séparation pour les deux protagonistes. L’un vivra sur terre ou dans le monde céleste, et l’autre dans le royaume des morts ; l’un sera maître du jour, l’autre de la nuit. Cette séparation est en fait une distinction. L’un devient mâle (animus) et l’autre, femelle (anima), c’est-à-dire des opposés complémentaires qui peuvent s’unir (jour-nuit, ciel-terre, etc.) ; parce qu’ils sont différenciés — condition sine qua non pour un retour à l’unité —, la dualité est annulée. Non seulement le caducée est un symbole solaire, mais il est aussi un symbole de paix.

D’après Claude Gétaz, le prototype d’Hermès était un « dieu oriental d’origine babylonienne, principe de la fécondité » … «  agent et messager de la Grande Mère », il engendrait la vie chaque année, au printemps… « A une époque fort ancienne, peut-être 4 000 ans avant J.-C., les Babyloniens vénéraient le caducée »…« comme un dieu de la fécondité »... « Il reçut parfois le nom de Ningishzida » [13] (v. site de l’auteur)

 

Astronomie

Hermès est l’inventeur de l’astronomie. Il correspond à la planète Mercure. Il est maître des planètes, des astres, et des corps célestes. Les luminaires du ciel, les constellations, etc. sont les lampes des dieux et des déesses. Le sabéisme fut sans doute l’une des premières religions après celle de la déesse-mère.

 

Le temps qui passe

Les deux serpents ondulants sur le bâton sont une synthèse du temps linéaire (passé-présent-futur) associé au temps cyclique (naissance-mort-renaissance). Le cycle d’évolution n’est donc pas refermé sur lui-même. Il s’élève à chaque tour en spiritualité.

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Dans la Préhistoire puis dans l’Antiquité, les événements liés au temps cyclique étaient en réalité perçus ou imaginés comme des lieux. Les humains venaient au monde à la surface de la terre ; à leur mort, ils étaient rendu à la déesse-terre ; elle les régénérait à l’intérieur de ses entrailles et ils renaissaient par la réincarnation. Dans les temps les plus reculés, la Déesse est auto-génératrice, mâle et femelle. Les divinités du ciel n’interviennent pas dans la procréation, ni dans la régénération. Ciel et Terre sont séparés. Entre-les deux — à la surface de la terre — vivent les humains. La surface de la terre est le lieu de l’incarnation végétale, animale et humaine. Plus tard, les divinités ouraniennes (du ciel) se marient avec les divinités chthoniennes (de la terre profonde, des Enfers). La surface de la terre est poreuse ; les dieux et déesses circulent librement entre les deux pôles céleste et terrestre (v. Ouroboros).

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D’un point de vue astronomique et géocentrique, le soleil se lève à l’Est (sur le schéma, à gauche) de la ligne d’horizon, et se déplace en arc de cercle vers l’Ouest où il meurt (il disparaît sous la surface de la terre), puis ressuscite à l’aube suivante, à l’Est. Il a effectué un cercle (cycle) complet en vingt-quatre heures. Symboliquement, on représente ce cycle par l’Ouroboros, le serpent qui se mord la queue. Sur le caducée d’Hermès, chacun des deux serpents figure la moitié du parcourt. Ils se partagent alternativement le jour et la nuit. Chacun d’eux croise la ligne du bâton. Cette ligne représente l’horizon. Mais les serpents sont deux et avancent aussi de façon linéaire, d’un point de vue temporel, c’est-à-dire du passé vers le futur (v. Janus).

Temps-linéaire

Caducée 3SerpentsA l’alternance des jours et des nuits se superpose un autre cycle, celui des saisons, et l’alternance des solstices et des équinoxes. A midi et à minuit correspondent les solstices d’été et d’hiver. Le solstice d’été est le jour le plus long de l’année ; le solstice d’hiver est le jour le plus court. Tandis que les solstices sont totalement opposés entre eux — un jour long et un jour court —, les équinoxes, eux, sont semblables (comme nos deux serpents à l’origine, avant qu’ils n’aient été rendus l’un mâle et l’autre femelle). Ce sont, en effet, les deux jours de l’année où le jour et la nuit sont d’égales longueurs. L’un est printanier, l’autre est automnal ; l’un ouvre les beaux jours, l’autre les jours sombres. Ils partagent l’année en deux grandes saisons qui correspondent au jour et à la nuit. Le bâton d’Hermès symbolise l’équilibre entre ciel et terre, entre deux forces antagonistes (v. le symbolisme du boiteux). Cet équilibre annule, nous l’avons vu plus haut, les tensions entre les deux serpents et permet leur union, c’est-à-dire leur croisement sur le bâton.

 

Iris

Iris est l’équivalent féminin d’Hermès. Elle est la messagère de Zeus et porte le caducée. Elle emprunte la voie de l’arc-en-ciel, pont entre le Ciel et la Terre, pour transmettre les missives divines [14].

 

Alchimie

Pour les alchimistes, le caducée est le sceptre d’Hermès, dieu de l’alchimie. En alchimie les deux serpents symbolisent le soufre et le mercure, couple de forces opposées en équilibre, alliance du Feu et de l’Eau [15], du soleil et de la lune, les principes antagonistes, à priori, impossibles à réunir et qui pourtant sont la base de la réalisation de l’Œuvre. Ils seront unis et scellés par le Sel (scelle, sceau).

 

Articles connexes : boiteux, jumeaux, serpent, ouroboros, coq, Janus, arbre.

 

Notes et références

____________________

[1] Edition 2001.

[2] Belfiore, Jean-Claude, Croyances et symboles de l’Antiquité, Larousse, Paris, 2010, p. 196.

[3]  Ibid.

[4] Gimbutas, Marija, Le langage de la déesse, Des femmes, Paris, 2005.

[5] Cf. iconographie mariale.

[6] Daraki, Maria, Dionysos et la déesse terre, Flammarion, Paris, 2003, p. 152.

[7] Boulnois, J. Le caducée et symbolique dravidienne indo-méditerranéenne de l’arbre, de la pierre, du serpent, et de la déesse-mère, Paris, 1939, p. 166, cité in Chevalier, Jean ; Gheerbrant, Alain, Dictionnaire des symboles, Laffont / Jupiter, Paris, 1982, (caducée).

[8] Colin, Didier, Le dictionnaire des symboles, des mythes et des légendes, Marabout / Hachette, 2000, p. 77.

[9]Normand, Henry, Dictionnaire des symboles universels, Dervy, Paris, 2005, tome 1, p. 271.

[10] Mavromataki, Maria, Mythologie et cultes de la Grèce, éditions Haïtalis, Athènes, 1997, p. 78.

[11] Charbonneau-Lassay, Louis, Le Bestiaire du Christ, Albin-Michel, Paris, 2006, p. 799.

Bayard, Jean-Pierre, Le symbolisme du caducée, Guy Trédaniel, Paris…

Daraki, Maria, Dionysos et la déesse terre, Flammarion, Paris, 2003.

[12] Belfiore, Jean-Claude, Croyances et symboles de l’Antiquité, Larousse, Paris, 2010. p.195.

[13] Gétaz, Claude, Quand les dieux et les hommes étaient des planètes, des étoiles ou des constellations, tome II, p. 42. http://www.quand-les-dieux-et-les-hommes-etaient-des-astres.net

[15] Cazenave, Michel (sous la direction de), Encyclopédie des symboles, Librairie Générale Française, Paris, 1996 : Caducée.

Chevalier, Jean ; Gheerbrant, Alain, Dictionnaire des symboles, Laffont / Jupiter, Paris, 1982 : Caducée.

 

 

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lolita 25/09/2016 10:41

trop bien explique j ai tout compris

le coq 18/12/2013 10:27


le caducé est à l'origine le baton que tient le coq dans son bec. c'est la baguette divinatoire, la meme qu'a utlisié nostradamus et d'autres mages.


rajouter les 2 serpents sur ce baton c'est rajouté une idée supplémentaire. le serpent est la religion qui doit être domptée en 7 cycles.